La place du partenariat dans l’électronique imprimée

IDTechEx, vision de l’électronique imprimée

M. Chansin, vous êtes analyste technologique chez IDTechEx, bureau d’études indépendant spécialisé dans les technologies émergentes dont l’électronique imprimé. Pouvez-vous nous expliquer dans les grandes lignes ce que cela recouvre ?

M. Chansin : Vaste sujet ! Et pour cause, l’électronique imprimée recouvre un champ assez large et chaque acteur propose sa propre définition du sujet. Ce qui finit par créer de la confusion. Mais pour vous donner une définition assez simple, l’électronique imprimée ce sont tous les composants électroniques fabriqués en déposant des encres spécialisées. Néanmoins, pour certains, cette définition n’inclue pas les composants organiques par exemple. Chez IDTechEx, nous adoptons une vision large, de l’électronique imprimée qui inclue les trois caractéristiques suivantes: l’imprimé, l’organique et le flexible. C’est une définition qui correspond mieux à la complexité et la réalité du terrain.

Donc le succès d’une technologie repose sur son adéquation avec les usages et les besoins d’un marché. Mais quel rôle joue l’innovation ?

M. Chansin : L’innovation permet de créer des produits qui, jusqu’à présent, étaient impossibles à réaliser. Par exemple, des composants qui sont déformables et résistants aux chocs. Le challenge est d’identifier les besoins. L’innovation pour l’innovation en général ça ne marche pas !

C’est important de rendre la technologie grand public ?

M. Chansin : C’est très important car à l’heure actuelle à un bout de la chaine, on a des fournisseurs qui proposent des composants, des matériaux, mais on oublie l’autre bout de la chaine : pour développer l’électronique imprimé il faut des consommateurs et des utilisateurs des technologies. Ce sont eux qui vont adopter et rendre les produits grand public.

Aujourd’hui, les partenariats sont-ils courants dans votre secteur et quelle forme prennent-ils ?

M. Chansin : Les partenariats sont assez courants dans l’électronique imprimée, on peut même dire qu’ils sont indispensables. En général pour réussir et essayer de voir plus grand, il faut avoir des partenaires et un réseau. Aujourd’hui on peut distinguer deux types de partenariats. D’un côté un partenariat « horizontal » où certains acteurs se rassemblent pour partager leur savoir faire, se fournir entre eux des composants, des matériaux, et avancer ensemble pour développer les applications et les produits. Ce type de partenariat est assez courant car il repose sur les complémentarités. La deuxième forme de partenariat qui est extrêmement importante, c’est le partenariat « vertical ». L’idée, c’est de s’associer avec un utilisateur ou un client qui va s’engager sur le long terme et va permettre à la technologie de devenir grand public. Il faut répondre à un besoin, à une demande, et justement lorsque vous avez un partenaire prêt à s’engager cela montre un vrai besoin.

Si on revient sur la notion de partenariat, avez-vous noté une évolution dans la forme qu’il peut prendre dans l’électronique imprimée ?

M. Chansin : Oui, tout à fait. Jusqu’à présent, il y avait une rupture très nette entre ceux qui fournissent la technologie et ceux qui reçoivent cette technologie. Aujourd’hui on remarque que les choses sont en train de changer, que des ponts sont créés entre ces deux parties. Il y a plus de communication entre elles. L’une des formes que peut prendre ce rapprochement est le consortium qui permet de créer une véritable synergie entre fournisseurs de technologie, intégrateurs et société utilisatrice.

Comment expliquez-vous cette évolution ?

Mr Chansin -. Mon sentiment, c’est qu’à force de courir après l’innovation, l’industrie avait fini par créer une certaine perplexité chez les utilisateurs potentiels. Et c’est justement pour lutter contre cet écueil que nous organisons des salons où nous souhaitons regrouper l’ensemble des acteurs pour engager la discussion et fluidifier les relations entre fournisseurs et acheteurs. Nous cherchons à remettre la communication et l’échange au centre de tout le processus

Si vous deviez donner un conseil à un nouvel entrant sur le marché, que lui diriez-vous?

M. Chansin : Ne surtout ne pas se positionner en tant qu’acteur low cost. L’histoire a montré qu’un tel positionnement créait de fausses attentes et pouvait revenir à se tirer une balle dans le pied. A l’inverse, je conseillerais plutôt de proposer une grande valeur ajoutée sans être trop ambitieux. Il ne faut pas oublier le marché, les utilisateurs et aller vers eux pour comprendre réellement leur besoins.